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Discours Mourad Papazian, coprésident du CCAF

Par TheArmTimes

Discours de Mourad Papazian, coprésident du CCAF


Distingués invités, chers amis,


Ce dîner du CCAF est le premier depuis l'épuration ethnique de l'Artsakh, perpétrée à l'automne 2023. 100 000 Arméniens, hommes, femmes et enfants, ont été chassés de leurs foyers, victimes d'un génocide qui n'est pas sans rappeler celui de 1915.


Les images de ces horreurs nous hantent encore aujourd'hui. Sous les régimes azerbaïdjanais, de 1988 à 1992, les Arméniens ont été massacrés à Soumgaït, Kirovabad, Bakou et Chouchi. Au cours du 20e siècle, ils ont été sans cesse victimes de massacres.


La guerre des 44 jours de 2020 a été un cauchemar, une horreur, une agression militaire insupportable perpétrée par l'Azerbaïdjan, la Turquie et des djihadistes, équipés de drones tueurs, de bombes au phosphore blanc et d'armes à sous-munitions.


Le monde a laissé faire.


Pour le peuple arménien, c'était la preuve que l'alliance turco-azerbaïdjanaise avait le droit de faire la guerre, de massacrer 5 000 jeunes Arméniens impunément, sans que personne ne bouge.


Mais cela n'était pas terminé. Le 12 décembre 2022, l'Azerbaïdjan a organisé le blocus des Arméniens d'Artsakh.


La seule route permettant le ravitaillement du pays a été fermée, bloquée par les forces azerbaïdjanaises.


Pendant cette période de blocus criminel, la Cour internationale de justice a condamné l'Azerbaïdjan pour ce que Luis Moreno Ocampo, le premier procureur de la Cour pénale internationale, considérait comme un acte constitutif de génocide.


Le conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni à plusieurs reprises à l'initiative de la France. À chaque fois, le blocus a été condamné mais aucune décision d'intervention n'a été prise pour stopper cette folie meurtrière.


Pourtant, l'histoire ne s'est pas arrêtée là.


L'Azerbaïdjan, constatant l'inertie du monde face aux agressions à l'encontre du peuple arménien, a poussé le crime encore plus loin en lançant une guerre-éclair en septembre contre les Arméniens d'Artsakh.


En semant la terreur au sein d'une population qui se souvenait que le dictateur Aliev, président de l'Azerbaïdjan, avait déclaré qu'il chasserait les Arméniens comme des chiens.


Il l'a fait...


Plus de 100 000 Arméniens terrorisés ont été victimes d'une épuration ethnique en 2023 !


Jusqu'où ira cette escalade des crimes contre l'humanité ?


Jusqu'où l'Azerbaïdjan ira sans que le monde ne bouge ?


Chers amis, à ce stade de la soirée, nous nous demandons tous pourquoi il y a deux poids, deux mesures. Pourquoi ce qui est possible pour les Ukrainiens ne l'est pas pour les Arméniens ? Quel message le monde lance-t-il à l'Azerbaïdjan ? Pourquoi la petite Arménie démocratique ne bénéficie-t-elle pas de la protection internationale face à la dictature azerbaïdjanaise ?


Nous le savons, la France est très clairement mobilisée en faveur de l'Arménie. Au lendemain de l'épuration ethnique, la ministre des Affaires étrangères de l'époque, Catherine Colonna, a condamné l'offensive de l'Azerbaïdjan et a exprimé le droit des Arméniens de l'Artsakh à y retourner pour vivre en paix et en sécurité. Et nous savons que l'actuel ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, qui est venu nous saluer ce soir, et que nous saluons chaleureusement, est sur la même ligne.


Nous avons apprécié que le ministre des Affaires étrangères ait, dans son discours d'investiture, remercié la ministre sortante de son soutien à l'Arménie.


Il est loin le temps où, durant la guerre des 44 jours, Jean-Yves le Drian avait souligné la "neutralité" de la France.


Nous enregistrons avec satisfaction aussi la coopération militaire entre l'Arménie et la France. Nous avons eu des échanges avec Sébastien Lecornu, le ministre des Armées qui lui aussi est venu nous témoigner de son amitié ce soir.


Nous sommes également témoins de l'engagement du Président de la République en faveur de la sécurité de l'Arménie, de son développement mais aussi en faveur de l'Artsakh.


Depuis 7 ans, nous avons travaillé avec le Président de la République et ses équipes et vous le savez, les échanges ont toujours été francs des deux côtés. Nous avons défendu avec détermination l'Arménie, l'Artsakh, la cause arménienne. Nous avons pu avoir des différends mais aujourd'hui nous pouvons constater une chose : la France est le seul État en Europe à pousser aussi loin son engagement en notre faveur !


Et lorsque l'on connaît votre attachement, monsieur le Premier Ministre, à l'Arménie et aux combats qui sont les nôtres en faveur de l'Artsakh, de ses habitants aujourd'hui déracinés et privés de la possibilité de retourner vivre dans leur village et leur maison en sécurité, lorsque nous connaissons votre engagement concernant la reconnaissance internationale du génocide des Arméniens et le négationnisme d'État exercé par la Turquie, lorsque nous connaissons votre position sur la question des otages détenus illégalement par l'Azerbaïdjan, alors nous nous disons que la France peut aller encore plus loin !


Encore plus loin sur la coopération militaire pour permettre à l'Arménie de se défendre et prévenir l'Azerbaïdjan que désormais l'Arménie n'est pas seule.


Encore plus loin sur la question du droit du retour des Arméniens d'Artsakh en toute sécurité et dans un cadre juridique qui ne peut pas être celui des frontières de l'Azerbaïdjan. Encore plus loin sur la question de la libération des otages. Oui, la France a agi avec succès pour la libération de quelques otages mais aujourd'hui il reste encore 23 otages identifiés dont les 8 anciens dirigeants.


Merci à Tavit Vardanyan d'avoir accepté notre invitation ce soir. Et à partir de ce soir, la libération des otages doit être une priorité. Nous ne pouvons imaginer qu'ils croupissent dans les prisons de Bakou.


Monsieur le Premier Ministre, nous vous demandons de mobiliser la communauté internationale, l'Union européenne, les États qui coopèrent avec l'Azerbaïdjan pour obtenir la libération des otages dont nous nous demandons de quelle manière ils subissent leur incarcération. Je n'ose pas imaginer ce qu'ils vivent depuis 6 mois.


Encore plus loin sur la question des sanctions contre l'Azerbaïdjan. Il faut saisir les biens de la famille Aliev en France et expulser l'ambassadrice d'Azerbaïdjan qui diffuse les messages criminels de la dictature azerbaïdjanaise. Il est temps de créer un nouveau rapport de force avec le dictateur Aliev.


Encore plus loin sur la question du démantèlement des réseaux d'Erdogan en France dont la nature anti-républicaine est avérée.


Encore plus loin sur la question de la sanction des négationnistes du génocide des Arméniens. Avec vous monsieur le premier ministre, c'est possible, avec votre gouvernement, avec votre majorité mais aussi avec l'ensemble des composantes qui sont unanimes sur les questions que je viens de citer. C'est la chance d'avoir une France unie à l'Assemblée nationale et au Sénat.


Je veux aussi saluer, après Ara Toranian, les femmes et les hommes de courage à l'Assemblée nationale, au Sénat, ou au Parlement Européen, dans la majorité ou dans l'opposition (...) Je veux citer aussi Xavier Bertrand, Président des Hauts de France.


Une mention particulière à Monsieur le Président François Hollande, qui est présent ce soir pour son soutien de toujours.


L'arc républicain est uni autour de l'Arménie et de l'Artsakh.


C'est assez rare pour le souligner et c'est une chance, monsieur le Premier Ministre, cher Gabriel Attal, pour faire preuve de courage et d'audace.


Et nous savons que vous ne manquez ni de courage, ni d'audace. Alors, nous comptons sur vous, pour l'Arménie, pour l'Artsakh, pour les otages arméniens mais surtout pour l'honneur de notre France que nous aimons, notre France qui nous est chère, notre France qui peut agir, notre France qui doit agir, notre France qui peut être déterminante avec vous, monsieur le Premier Ministre à la tête de son gouvernement.


Conclusion


Le peuple arménien a trop souffert. Il est temps que le monde entende sa voix et prenne des mesures concrètes pour mettre fin aux crimes de l'Azerbaïdjan et pour garantir les droits et la sécurité des Arméniens.


La France doit continuer à jouer un rôle de premier plan dans cette lutte pour la justice et la reconnaissance. Nous appelons le gouvernement français à aller encore plus loin dans son engagement, comme nous l'avons souligné ce soir, pour que le peuple arménien puisse enfin vivre en paix et en sécurité dans son pays.

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